Éditorial

La naissance de la revue IGITUR réjouit ses géniteurs, qui en ont conçu le projet depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. Ils espèrent que le nouveau-né apportera la contribution désirée : participer à la réparation d’un manque dans le monde de la philosophie française qui devrait bénéficier à toute la communauté francophone.

Nous avons fait, après d’autres, un double constat sur la situation de la philosophie en France :
1) le rôle des revues et donc des articles est très souvent minimisé, alors qu’il s’agit du mode de publication scientifique naturel, et que les revues jouent un rôle de tout premier plan sur la scène internationale,
2) l’argumentation développée en première personne occupe une place encore mineure alors que ce devrait être l’essence même du travail des philosophes.

La pratique de la philosophie est indissociable de sa publication. Nous entendons par là que l’encouragement à l’argumentation originale, qui contribue aux débats en cours, en suscite de nouveaux, ou réveille l’intérêt pour des discussions passées, demande que les revues sélectionnent les contributions sur la base du travail de lecteurs qualifiés et impartiaux (raison d’être du comité de lecture et du système de la relecture anonyme), et jouent le rôle de forum où l’on puisse répondre à un argument en proposant un article de discussion.

Le choix de la publication continue en ligne favorise grandement ce double objectif : elle permet de ne pas subir l’exigence d’une parution d’un ensemble de textes à date fixe, qui incite à la publication de numéros thématiques rendant difficile la sélection sur la base d’un appel à contribution, et impossible la publication de réponses ou de discussions dans un numéro ultérieur.

En indiquant comme principale exigence aux auteurs l’apport d’une argumentation personnelle en faveur d’une thèse, sans limitation de domaine, et en restant ouvert à toutes les origines institutionnelles (étudiants, enseignants du secondaire et du supérieur, doctorants et chercheurs) nous espérons susciter de nombreuses candidatures (voir la charte). En proposant cette revue en ligne gratuitement, nous souhaitons favoriser de nombreuses lectures. Les unes devraient renforcer les autres. Une fois mise au monde, une revue ne dépend plus, pour sa subsistance, que de ses auteurs et de ses lecteurs.

Ce faire-part de naissance accompagne la mise en ligne des trois premiers textes reçus et approuvés par le comité éditorial d’Igitur. Nous avons choisi, pour une période de lancement allant jusqu’à la fin de l’année 2009, de profiter des communications présentées au dernier congrès de la SOPHA (Société de Philosophie Analytique de langue française) tenu à Genève en septembre 2009, et, sur la base d’une évaluation des meilleures contributions par les organisateurs du congrès, de proposer aux auteurs retenus de soumettre leur texte à notre comité, agissant pour cette fois en qualité de relecteur. À partir de l’année 2010, les articles parus suivront la voie prévue, décrite ici.

  • La substituabilité comme propriété des êtres sociaux, les conditionnels et la prédication

    Sciences humaines

    8 février 2010

    Vol. 2, n° 2, p. 1-13

    Résumé : Les interactions sociales mettent en jeu une forme de possible qui exige, quand on part de l’actuel, de pouvoir y revenir : le « virtuel ». Les liens sociaux fondamentaux — l’échange, par exemple — mettent en jeu des virtualités qui doivent pouvoir se substituer l’une à l’autre, formant ainsi des « substituabilités ». On peut les analyser comme deux conditionnels, tels qu’appliquer le conséquent de l’un mène à remplacer l’antécédent du premier par celui du second, qui lui est opposé, et (...)

  • L’interventionnisme permet-il la causalité « descendante » ?

    Esprit

    8 février 2010

    Vol. 2, n° 1, p. 1-11

    Résumé : De nombreux tenants du physicalisme non-réductif défendent l’idée qu’adopter la théorie interventionniste de la causalité développée par James Woodward permet de résoudre le problème de l’exclusion causale. Je m’intéresse ici à l’argument proposé par Panu Raatikainen, selon lequel les propriétés survenantes peuvent avoir des pouvoirs causaux indépendants de ceux des propriétés les réalisant, et y oppose plusieurs objections. Je montre en particulier que lorsque la théorie interventionniste est (...)

  • Une pensée peut-elle être mauvaise ?

    Morale et Politique

    13 décembre 2009

    Vol. 1, n° 3, p. 1-17

    Résumé : Doit-on exclure certaines pensées de la délibération morale ? Pour répondre à cette question de psychologie morale, je propose, à la suite d’un exemple de Bernard Williams, de définir les mauvaises pensées comme des représentations mentales imaginées. On peut qualifier ces pensées de mauvaises pour deux raisons : parce qu’elles témoigneraient du caractère vicieux d’un agent ou parce qu’elles auraient une influence négative sur le jugement moral. Dans cet article, je soutiens d’une part que ces raisons (...)

  • Le défi de la simplicité divine pour le théiste réaliste

    Religion

    13 décembre 2009

    Vol. 1, n° 2, p. 1-17

    Résumé : Penser ensemble la simplicité divine et une forme robuste de réalisme ontologique peut paraître impossible. Jeffrey Brower, grâce à la théorie des vérifacteurs propose de ne pas abandonner la simplicité au profit du réalisme. L’article vise à montrer que la théorie des vérifacteurs est incompatible avec une simplicité absolue et que seul le recours à la notion scotiste de différence formelle permet de penser le réalisme et la simplicité divine de manière cohérente.
    Abstract : Thinking together the (...)

  • La résurgence du pion. Individualisme moral, légitime défense et guerre juste

    Morale et Politique

    13 décembre 2009

    Vol. 1, n° 1, p. 1-21

    Résumé : J’examine la thèse pacifiste selon laquelle la permission militaire de tuer ne peut être justifiée par la légitime défense. Deux théories tranchées de la légitime défense, la théorie causale et la théorie morale forte, conduisent, lorsqu’on les applique à la question des homicides militaires, à des conclusions diamétralement opposées. La théorie causale est une solide alliée de la Doctrine classique de la guerre juste (Walzer), tandis que la théorie morale forte est la meilleure amie du pacifisme. Ces (...)